La Fresque de la Comptabilité : un outil pour penser la gestion collective des territoires
- Solène Lagadec
- 1 day ago
- 4 min read
🌍 De la compréhension des impacts à l’organisation de l’action

La Fresque de la Comptabilité est souvent présentée comme un outil pédagogique permettant de mieux comprendre les liens entre comptabilité et durabilité. Mais elle porte en réalité une ambition plus structurante. Elle permet de rendre visible une question devenue centrale : comment organiser l’action collective face aux limites écologiques ?
Car les enjeux contemporains - climat, biodiversité, ressources - ne se jouent pas uniquement à l’échelle des organisations. Ils s’inscrivent dans des systèmes territoriaux où interagissent une pluralité d’acteurs, aux intérêts, aux contraintes et aux responsabilités interdépendants.
Des enjeux systémiques qui dépassent l’échelle de l’entreprise
Le rapport de l’IPBES sur les liens entre entreprises et biodiversité met en évidence un point clé : les activités économiques sont à la fois dépendantes des écosystèmes et responsables de leur dégradation, ce qui fait de la biodiversité un enjeu systémique pour l’économie et la société .
Dans ce contexte, les décisions individuelles ne suffisent pas. Les impacts s’agrègent, les dépendances se croisent, et les effets se déploient à l’échelle de systèmes plus larges que les organisations elles-mêmes.
Le rapport souligne ainsi que les transformations nécessaires reposent sur des formes d’action collective, impliquant entreprises, acteurs publics, institutions financières et société civile, dans des cadres capables d’orienter les comportements et d’aligner les décisions.
Une difficulté centrale : organiser la coordination entre acteurs interdépendants
Cette lecture met en lumière une limite structurelle des cadres actuels.
Les systèmes de gestion sont historiquement conçus pour piloter des entités :
entreprises,
administrations,
organisations.
Mais ils sont peu adaptés pour traiter des objets collectifs tels que :
un bassin versant,
un sol agricole,
ou un écosystème.
Or, les enjeux écologiques impliquent précisément ces niveaux. Ils nécessitent de coordonner des acteurs multiples, de gérer des ressources partagées et d’arbitrer des usages concurrents dans le temps.
Cela suppose de disposer de cadres capables de :
rendre visibles les interdépendances,
structurer les responsabilités,
et organiser les décisions à l’échelle pertinente.
La comptabilité comme infrastructure de gestion collective
Dans cette perspective, la comptabilité change de statut. Elle n’est plus seulement un outil interne de suivi ou de reporting. Elle devient un langage structurant de la décision collective.
Les travaux portés dans l’écosystème du CERCES, notamment à travers la méthodologie C.A.R.E., proposent précisément de repenser ces cadres. Ils visent à intégrer les dimensions écologiques dans les dispositifs de gestion, en redéfinissant la responsabilité des organisations autour de la préservation des capitaux naturels et humains.
Cette approche ouvre la voie à des formes de comptabilité capables de :
rendre compte de l’état des systèmes socio-écologiques,
organiser les contributions des acteurs,
et structurer des arbitrages collectifs.
Elle permet ainsi de passer d’une logique d’optimisation individuelle à une logique de gestion coordonnée.
La Fresque : rendre accessible une transformation des cadres de décision
C’est ce déplacement que la Fresque de la Comptabilité permet de rendre visible.
En mettant en évidence les liens entre comptabilité, décision et organisation des activités, elle montre que les difficultés actuelles ne tiennent pas uniquement à un manque de volonté ou de connaissances, mais aussi à une inadéquation des cadres de gestion.
Elle permet de comprendre pourquoi les démarches de durabilité restent souvent périphériques : parce qu’elles ne sont pas intégrées dans les systèmes qui structurent réellement les arbitrages.
En ce sens, la fresque constitue une porte d’entrée vers une compréhension plus large : celle des dispositifs qui rendent possible - ou non - la gestion collective des enjeux écologiques.
Former à la gestion des territoires et des interdépendances
Ces enjeux appellent une évolution des compétences.
Il ne s’agit plus seulement de former à la mesure des impacts ou au reporting. Il s’agit de former à :
la compréhension de systèmes complexes,
le dialogue entre acteurs,
et la structuration de décisions collectives.
Les parcours de formation proposés dans l’écosystème du CERCES et de l’Institut CGS s’inscrivent dans cette perspective. Ils visent à outiller les professionnels pour intégrer les enjeux de soutenabilité dans les cadres de gestion, et contribuer à des dynamiques de transformation à l’échelle des organisations et des territoires.
Rendre les territoires gouvernables
Au fond, la question posée est celle de la gouvernabilité.
Avons-nous aujourd’hui les outils pour piloter collectivement ce dont nous dépendons ?
Le rapport de l’IPBES montre que des transformations profondes sont nécessaires, impliquant une évolution des cadres économiques, des systèmes d’incitation et des dispositifs de décision.
Les travaux portés par le CERCES et les outils pédagogiques comme la Fresque de la comptabilité s’inscrivent dans cette dynamique. Ils contribuent à rendre visibles les conditions d’une gestion collective effective, en s’attaquant non pas seulement aux comportements, mais aux instruments qui les structurent.
C’est à ce niveau que se joue une part décisive de la transition : dans la capacité à organiser l’action collective à l’échelle des territoires.
🌱 Expérimenter la Fresque de la comptabilité
Comprendre les mécanismes qui structurent les décisions est une première étape.
Les transformer suppose de pouvoir les expérimenter.
La Fresque de la Comptabilité propose précisément cet espace. Elle permet d’explorer collectivement les liens entre comptabilité, décision et enjeux écologiques, et d’ouvrir des perspectives d’action à l’échelle des organisations et des territoires.
👉 Participer à une session de la Fresque de la comptabilité




Comments