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SNBC3, le défi désormais central : rendre la trajectoire climatique réellement pilotable

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Nos formateur·rice·s partagent leurs analyses pour éclairer la transformation des cadres de gestion nécessaires à la transition soutenable.


Source : Stratégie nationale bas-carbone (SNBC)
Source : Stratégie nationale bas-carbone (SNBC)

Le Haut Conseil pour le climat a récemment publié son avis sur le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC3), qui doit guider la France vers la neutralité carbone.


Le constat est globalement positif : la trajectoire proposée apparaît cohérente avec les engagements climatiques européens et internationaux. Mais l’avis souligne également un défi majeur : la crédibilité de sa mise en œuvre. Autrement dit, la question n’est plus seulement celle des objectifs climatiques, elle devient celle de la capacité à piloter réellement la transformation de l’économie.


Une trajectoire climatique ambitieuse


La Stratégie nationale bas-carbone constitue le cadre de référence de la politique climatique française. Elle fixe :

  • l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050,

  • des budgets carbone à respecter par périodes de cinq ans,

  • et des trajectoires sectorielles de réduction des émissions.


La SNBC3 décline cette trajectoire dans l’ensemble des secteurs économiques : transports, bâtiments, industrie, agriculture, énergie ou encore gestion des terres.

L’effort à fournir est considérable.


Pour respecter les objectifs climatiques, les émissions devront désormais diminuer d’environ 5 % par an d’ici 2030, puis encore plus rapidement par la suite. Cette accélération implique des transformations profondes des infrastructures, des technologies et des modèles économiques.


Un enjeu central : passer de la stratégie au pilotage


La SNBC ne se limite pas à fixer des objectifs. Elle constitue un outil de planification publique, reposant sur une modélisation détaillée de l’évolution de l’économie et du système énergétique.


Mais la planification nationale ne suffit pas à elle seule. La réussite de la trajectoire dépendra aussi de la capacité des organisations - entreprises, collectivités, institutions financières - à traduire ces objectifs dans leurs dispositifs de décision et de gestion. C’est précisément là que se situe aujourd’hui l’un des principaux défis de la transition.


Mesurer ne suffit pas à piloter


Depuis plusieurs années, les organisations ont développé de nombreux outils pour mesurer leur impact climatique :

  • bilans carbone,

  • reporting extra-financier,

  • indicateurs climat.


Ces instruments ont permis de mieux informer les acteurs économiques. Mais ils restent souvent insuffisants pour structurer les décisions stratégiques.


Les arbitrages économiques - investissements, organisation des chaînes de valeur, évolution des modèles d’affaires - continuent majoritairement d’être guidés par les cadres traditionnels de gestion : budgets financiers, indicateurs de rentabilité, modèles économiques. Tant que les contraintes climatiques restent extérieures à ces dispositifs, elles peinent à orienter les décisions.


Un débat qui traverse aussi les marchés carbone


Cette question apparaît également dans les débats récents sur les crédits carbone et les marchés volontaires de compensation.


Plusieurs travaux en sciences de gestion ont montré que les stratégies climatiques reposant uniquement sur des mécanismes de compensation peuvent créer une illusion d’équivalence entre différentes actions climatiques (Puits carbone : quand la compensation devient une illusion climatique). Réduire ses émissions à la source, préserver un puits de carbone ou financer un projet de compensation n’ont ni la même temporalité ni le même effet sur le système climatique.


Ces analyses invitent ainsi à considérer l’action climatique non plus comme un simple arbitrage économique, mais comme la gestion d’une contrainte biophysique réelle.


Vers une lecture gestionnaire du climat


Dans cette perspective, plusieurs travaux proposent de mobiliser des concepts issus de la gestion et de la comptabilité pour structurer l’action climatique :

  • budget carbone,

  • dette climatique,

  • solvabilité climatique.


Ces notions permettent d’analyser les émissions de gaz à effet de serre non plus seulement comme un indicateur environnemental, mais comme une contrainte structurante pour la gestion des organisations et des politiques publiques.


Elles invitent notamment à distinguer clairement :

  • les actions de réduction des émissions,

  • les actions de préservation des puits de carbone,

  • et les mécanismes de compensation.


Une convergence avec la comptabilité écologique


Un point intéressant apparaît lorsqu’on rapproche la logique de la SNBC avec celle des cadres émergents de comptabilité écologique, notamment la méthodologie C.A.R.E. (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology).


La SNBC repose sur l’idée que l’action climatique doit s’organiser autour de budgets carbone, c’est-à-dire de plafonds d’émissions compatibles avec les limites du système climatique.


La comptabilité écologique mobilise une logique comparable : l’activité des organisations doit être analysée à partir de la préservation des capitaux essentiels - naturels, humains et financiers - dont l’intégrité doit être maintenue dans le temps.


Dans les deux cas, l’enjeu est similaire : organiser l’activité économique dans les limites de contraintes biophysiques explicites. Cette convergence reste encore peu visible. Pourtant, elle ouvre une perspective importante : celle d’un rapprochement progressif entre les cadres de planification publique de la transition et les dispositifs de gestion des organisations.


La transition écologique devient une question de gestion


La SNBC fixe une trajectoire nationale indispensable. Mais sa réussite dépendra largement de la capacité des organisations à intégrer les contraintes climatiques dans leurs dispositifs de gestion :

  • stratégies d’investissement,

  • modèles d’affaires,

  • systèmes comptables,

  • outils de pilotage.


La transition écologique devient ainsi progressivement une question de gestion.

Informer reste indispensable. Mais piloter devient décisif.


Se former pour piloter la transformation climatique


Comprendre les mécanismes climatiques ne suffit plus.


Les organisations doivent désormais être capables de traduire ces enjeux dans des dispositifs de gestion opérationnels.


C’est précisément l’objectif de la formation « Mettre en œuvre une stratégie climatique » proposée par l’Institut CGS.


Elle vise à accompagner les professionnels dans le passage :

du bilan carbone au pilotage stratégique de l’action climatique.


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En définitive, la transition climatique ne dépendra pas seulement de l’ambition des trajectoires nationales, mais de la capacité des organisations à transformer ces trajectoires en instruments de décision et de gestion.


Car sans évolution des cadres comptables et des dispositifs de pilotage, la transition écologique risque de rester largement déclarative.


Trois notions clés pour comprendre le pilotage climatique


Budget carbone

Le budget carbone correspond à la quantité maximale de gaz à effet de serre pouvant être émise sur une période donnée pour rester compatible avec les objectifs climatiques. Dans la stratégie climatique française, ces budgets sont définis par périodes de cinq ans et servent de référence pour piloter la trajectoire nationale de réduction des émissions.


Dette climatique

La notion de dette climatique permet de considérer les émissions de gaz à effet de serre comme une pression accumulée sur le système climatique. Lorsque les émissions dépassent les trajectoires compatibles avec les objectifs climatiques, une forme de dette écologique se crée, qui devra être compensée par des réductions plus rapides ou par des absorptions de carbone.


Solvabilité climatique

Par analogie avec la solvabilité financière, la solvabilité climatique désigne la capacité d’une organisation ou d’une économie à respecter durablement ses contraintes climatiques, c’est-à-dire à maintenir ses activités dans les limites d’un budget carbone donné. Cette approche invite à intégrer les contraintes climatiques directement dans les dispositifs de gestion et de décision des organisations.


Ressources pour aller plus loin


  • Stratégie nationale bas-carbone (SNBC3)

    Projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone définissant la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la France jusqu’à la neutralité carbone en 2050, ainsi que les budgets carbone et orientations sectorielles de politiques publiques.


  • Avis du Haut Conseil pour le climat sur la SNBC3 (2026)

    Analyse indépendante de la cohérence, de l’ambition et de la crédibilité du projet de stratégie climatique française, mettant notamment en lumière les défis de mise en œuvre de la trajectoire.


  • Crédits carbone et marché carbone volontaire – AFD (2024)

    Analyse critique des marchés carbone volontaires et proposition d’un cadre de lecture fondé sur les notions de budget carbone, dette climatique et solvabilité climatique, dans une perspective de gestion de l’action climatique.


Ressource méthodologique


  • Comptabilité écologique et méthodologie C.A.R.E.

    Cadre de comptabilité socio-environnementale visant à intégrer la préservation des capitaux naturels et humains dans les dispositifs de gestion et de décision des organisations.


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