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Soutenabilité forte : reconnaître des limites qui ne se compensent pas

Les Décryptages de l’Institut CGS

Nos formateur·rice·s partagent leurs analyses pour éclairer la transition soutenable.



Le terme de soutenabilité est aujourd’hui omniprésent. Stratégies d’entreprise, politiques publiques, finance durable : tous s’en réclament.

Mais derrière ce consensus apparent se cache une ligne de fracture majeure : celle entre soutenabilité faible et soutenabilité forte.


Cette distinction n’est pas sémantique.

Elle engage une vision radicalement différente de ce que signifie “agir pour la transition”.


Soutenabilité faible : le monde comme stock substituable


La soutenabilité dite faible repose sur une hypothèse centrale : les différents types de capitaux (humains et naturels) seraient substituables.

Autrement dit, une dégradation de l’environnement pourrait être compensée par :

  • plus de technologie,

  • plus de croissance économique,

  • plus d’innovation,

  • ou plus de capital financier.


Dans ce cadre, la nature est considérée comme un facteur de production parmi d’autres, remplaçable tant que la “valeur globale” est préservée. C’est cette logique qui sous-tend nombre de politiques climatiques fondées sur l’optimisation, les arbitrages coût-bénéfice et les mécanismes de compensation.


Le problème ?

Le système climatique n’est pas substituable.


Soutenabilité forte : reconnaître des limites non négociables


La soutenabilité forte part d’un constat beaucoup plus contraignant, mais aussi plus réaliste : certains capitaux naturels sont critiques, non remplaçables et irréversibles.


Le climat en fait partie.


On ne peut pas compenser :

  • un dépassement massif des budgets carbone,

  • une perte durable de puits de carbone,

  • ou un emballement des rétroactions climatiques par davantage de capital financier ou technologique.


Dans cette approche, l’économie est encastrée dans des limites biophysiques qu’elle ne peut pas négocier.


Du discours à la réalité : pourquoi le changement de cadre est décisif


Beaucoup d’organisations affirment aujourd’hui être engagées dans la transition.

Mais tant que leurs stratégies reposent sur une logique de substitution - compenser plutôt que transformer, optimiser plutôt que réduire - elles restent inscrites dans une vision de soutenabilité faible.


La soutenabilité forte implique un renversement de perspective :

  • on ne cherche plus à “équilibrer” des impacts,

  • on cherche à respecter des seuils.


Cela change profondément la manière de penser :

  • la neutralité carbone,

  • les trajectoires de transition,

  • le rôle des entreprises,

  • et la responsabilité des décideurs.


Climat : une contrainte physique, pas un objectif déclaratif


Dans une logique de soutenabilité forte, le climat n’est pas un indicateur parmi d’autres. C’est une condition d’existence de toute activité économique.


Cela signifie que :

  • certaines émissions doivent disparaître, et non être compensées ;

  • certains modèles économiques doivent être transformés ;

  • certaines activités devront être abandonnées si elles dépassent durablement les limites climatiques.


Il ne s’agit plus d’ajuster des externalités,

mais de transformer les modèles d’affaires à partir des contraintes biophysiques.


Une boussole pour la décision publique et privée


Adopter la soutenabilité forte, ce n’est pas refuser l’économie, la gestion ou la finance.

C’est leur redonner une boussole claire.


Cela suppose :

  • de raisonner en budgets carbone, et non en simples trajectoires déclaratives ;

  • de considérer les atteintes au climat comme une dette réelle, et non comme une externalité ;

  • de distinguer ce qui peut être optimisé de ce qui doit être strictement préservé.


Dans ce cadre, la transition n’est plus une question d’image ou de conformité.

Elle devient un projet de transformation structurelle, assumant les contraintes plutôt que de les contourner.


Soutenabilité forte : un réalisme, pas une radicalité idéologique


La soutenabilité forte est parfois perçue comme radicale.

En réalité, elle est surtout lucide.


Face à des systèmes physiques non négociables, continuer à promettre une transition fondée sur la substitution revient à retarder les décisions difficiles - et à en augmenter le coût futur.


Reconnaître des limites, ce n’est pas renoncer à agir.

C’est au contraire se donner les conditions d’une action crédible.


🔎 Pour aller plus loin

Cet article s’inscrit dans les travaux sur la comptabilité écologique, les limites planétaires et les approches de soutenabilité forte, qui interrogent la capacité réelle de nos modèles économiques à respecter les contraintes biophysiques du climat.

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