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La soutenabilité se démontre. La durabilité s’organise.

🌍 Les Décryptages de l’Institut CGS 

Nos formateur·rice·s partagent leurs analyses pour éclairer la transition soutenable.


Les sciences écologiques nous permettent aujourd’hui de mieux identifier les conditions nécessaires au maintien de l’habitabilité de la planète. Climat, biodiversité, ressources en eau, qualité des sols ou stabilité des écosystèmes constituent autant de paramètres qui conditionnent la poursuite des activités humaines.


Mais connaître ces conditions ne suffit pas. Encore faut-il organiser les activités économiques et les institutions pour les respecter. C’est dans cet écart entre connaissance des limites et organisation de l’action que la comptabilité écologique trouve sa place.



La soutenabilité : une question de compatibilité écologique


Depuis plusieurs décennies, les travaux scientifiques ont considérablement renforcé notre compréhension des interdépendances entre activités humaines et systèmes naturels.


La notion de soutenabilité renvoie à cette réalité. Elle interroge la compatibilité d’une activité, d’une organisation ou d’une trajectoire économique avec les conditions écologiques nécessaires au maintien de l’habitabilité.

Une activité peut être considérée comme soutenable si son fonctionnement demeure compatible avec la préservation des systèmes dont elle dépend : stabilité climatique, disponibilité des ressources, qualité des milieux naturels ou maintien de la biodiversité.


La soutenabilité pose donc une question fondamentale :

les conditions de poursuite de nos activités sont-elles préservées ?


Cette interrogation est aujourd’hui au cœur de nombreux travaux scientifiques, réglementaires et économiques.


Connaître les limites ne permet pas encore de les respecter


Pour autant, identifier une trajectoire soutenable ne garantit pas sa mise en œuvre.

Une organisation peut connaître ses émissions de gaz à effet de serre, ses dépendances à certaines ressources ou ses impacts sur les écosystèmes sans pour autant transformer ses décisions.

L’existence d’un diagnostic ne produit pas automatiquement un changement de trajectoire.

Entre la connaissance d’une limite écologique et sa prise en compte effective se situent une série de questions très concrètes :

  • Qui doit agir ?

  • Quelles actions doivent être financées ?

  • Quels investissements doivent être maintenus, transformés ou abandonnés ?

  • Comment arbitrer entre plusieurs priorités ?

  • Comment répartir les efforts dans le temps ?


Ces questions relèvent moins de la science écologique que de la gestion.


La durabilité : une question d’organisation


La durabilité renvoie à une autre problématique. Elle ne désigne pas seulement la capacité d’une activité à perdurer dans le temps. Elle interroge les conditions organisationnelles, économiques et institutionnelles de cette permanence.


Une activité peut être durable parce qu’elle dispose d’infrastructures solides, de financements, de compétences, de règles de gouvernance ou de mécanismes de maintenance lui permettant de se reproduire dans le temps. Mais cette durabilité n’est pas nécessairement synonyme de soutenabilité.


Certaines activités disposent aujourd’hui de puissants mécanismes de maintien alors même qu’elles contribuent à la dégradation des conditions écologiques dont dépend leur avenir. À l’inverse, certaines activités compatibles avec les limites écologiques peinent à se développer faute de modèles économiques stabilisés, d’investissements ou de dispositifs de soutien.


La question devient alors :

Comment rendre durables des activités qui sont également soutenables ?


Le rôle souvent oublié des dispositifs comptables


Cette question conduit directement aux instruments de gestion. Une organisation ne se transforme pas uniquement parce qu’elle dispose de nouvelles informations. Elle se transforme lorsque ces informations modifient ses arbitrages.


Or les arbitrages passent généralement par des dispositifs très concrets :

  • les budgets ;

  • les investissements ;

  • les plans d’amortissement ;

  • les indicateurs de performance ;

  • les engagements financiers ;

  • les obligations inscrites dans les comptes.


La comptabilité occupe une place centrale dans cette architecture décisionnelle. Elle ne se contente pas d’enregistrer les conséquences des décisions. Elle contribue à structurer ce qui devient un sujet de gestion, un objet d’arbitrage ou une priorité d’investissement.


La comptabilité écologique : relier les limites aux décisions


La question centrale n'est pas seulement de connaître les limites écologiques.

Elle consiste à comprendre comment les activités des organisations contribuent à les préserver ou à les dégrader.


Pour cela, il faut relier deux réalités souvent traitées séparément :

  • d'un côté, les organisations génèrent des flux physiques : elles prélèvent de l'eau, utilisent des sols, consomment des ressources, émettent des gaz à effet de serre ou produisent des déchets.

  • de l'autre, ces flux affectent des stocks naturels dont dépend l'habitabilité : nappes phréatiques, sols, écosystèmes, biodiversité ou climat.


La soutenabilité s'intéresse d'abord à l'état de ces stocks et aux conditions de leur préservation. La gestion, quant à elle, porte principalement sur les flux que les organisations peuvent orienter, réduire ou transformer.


L'une des contributions majeures de la comptabilité écologique consiste précisément à relier ces deux dimensions. Le modèle C.A.R.E. propose ainsi d'articuler les flux d'activité de l'organisation avec les capitaux naturels et humains qu'elle doit préserver. L'enjeu n'est pas de donner un prix à la nature mais de déterminer les actions nécessaires au maintien de son bon état écologique et d'intégrer les coûts de préservation correspondants dans les dispositifs comptables et de gestion.


La préservation cesse alors d'apparaître comme un objectif extérieur à l'organisation. Elle devient une responsabilité intégrée au pilotage.


Ce qu’il faut retenir


La soutenabilité définit les conditions écologiques nécessaires à l'habitabilité.


La durabilité désigne la capacité des organisations à maintenir leurs activités dans le respect de ces conditions.


La comptabilité écologique contribue à relier les deux en transformant les exigences de préservation en objets de gestion, en arbitrages et en engagements financiers.


→ La soutenabilité indique la direction.

→ La durabilité organise le chemin.

→ La comptabilité écologique aide à construire le passage entre les deux.


La soutenabilité nous renseigne sur les conditions écologiques nécessaires à l'habitabilité. La durabilité interroge la capacité des organisations à inscrire leurs activités dans ces conditions sur le long terme. La comptabilité écologique permet de relier les flux d'activité des organisations aux stocks naturels et humains dont dépend leur avenir.


Le modèle C.A.R.E. pousse cette logique jusqu'aux états comptables en intégrant les obligations de préservation dans le bilan et le compte de résultat.


La soutenabilité reste la destination.

La durabilité concerne la capacité à y parvenir et à s'y maintenir.

La comptabilité écologique contribue à construire ce passage.



Ressources pour approfondir


Sur la soutenabilité forte et la comptabilité écologique

  • Harold Levrel et Alexandre Rambaud, Qu'est-ce que la comptabilité écologique ?Une synthèse utile pour comprendre les fondements de la comptabilité écologique en durabilité forte, ses différences avec les approches fondées sur la valorisation économique de la nature et sa focalisation sur les coûts de préservation.


Sur la distinction entre soutenabilité et durabilité

  • Alexandre Monnin, travaux sur la redirection écologique et la durabilité.Ces travaux proposent de déplacer l'attention des seules trajectoires écologiquement souhaitables vers les conditions organisationnelles, techniques et institutionnelles permettant de les rendre effectivement viables dans le temps.

 
 
 

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