5 questions à Christophe Bouni
- Institut CGS

- Feb 26
- 3 min read
Updated: Feb 27
🎙️ Les voix de l’Institut CGS
Comprendre la comptabilité écologique à travers celles et ceux qui la transmettent.

ICGS. Comment avez-vous rencontré la comptabilité socio-environnementale, et le modèle C.A.R.E. ?
CB. La question de la comptabilité socio-environnementale s'est posée dès ma formation lors de ma thèse sur la critique de la comptabilité nationale pour sa non prise en compte de ces enjeux écologiques. Consultant dans le domaine des politiques environnementales sur les territoires, j'ai souvent essayé de relier ainsi suivis et évaluations multicritères, concertations et processus de décision autour des enjeux écologiques. Quant à C.A.R.E. j'en ai appris l'existence dans les années 2010 en travaillant avec Clément Féger et Laurent Mermet lors de travaux de recherche autour de la thèse de Clément.
ICGS. Qu'est-ce qui vous a convaincu que la comptabilité devait évoluer face aux limites écologiques ?
CB. C'était déjà une question centrale de ma thèse dans les années 90 (Macrosystèmes d'information et développement durable). En tant qu'économiste le point central finalement c'était de s'étonner de l'absence de structuration des informations disponibles pour « allouer des moyens rares à usages alternatifs », dans un monde complexifié par les questions écologiques, mais aussi sociales ne pouvant se suffire d'une hypothèse de commensurabilité des enjeux au travers de leur traduction en termes monétaires.
Comment donc envisager une mise en débat politique des enjeux dans la perspective d'une soutenabilité forte ? Comment concevoir une dynamique de gestion collective et son outillage pour porter les nécessaires changements associés à une véritable durabilité de nos modes de développement ( et non de croissance). Naturellement la question déborde de la comptabilité nationale et des questionnements de nos gouvernements pour traverser l'ensemble de la société les comptabilités de tous ses acteurs.
ICGS. Selon vous, quelle est la principale confusion aujourd'hui autour de la durabilité ?
CB. Clairement « la durabilité de la croissance ». Certains secteurs des activités humaines peuvent postuler à une croissance mais d'autres non, ils doivent être réorganisés voire remplacés. La durabilité dont nous avons besoin concerne la sobriété et les services rendus pour éviter les irréversibilités et favoriser toutes formes de diversité biologique et culturelle.
ICGS. En quoi la comptabilité écologique change-t-elle réellement la prise de décision ?
CB. Hum ... En prise avec les différentes fonctions des organisations qu'elle éclaire, la comptabilité écologique induit une réflexivité sur les actes et fonctionnements des acteurs et alerte sur les évolutions des résultats de l'organisation. Elle fournit donc « l'occasion » de changer la prise de décision et le justifier à l'égard de la société. Cette occasion sera-t-elle saisie ?
ICGS. Quel est, selon vous, le principal défi pour transformer les modèles d'affaires aujourd'hui ?
CB. En effet, le souci principal c'est la transition entre les modèles d'affaires actuels et ceux envisagés au travers de ces comptabilités socio-environnementales conduisant à rediriger les moyens et richesses en fonction de ces nouveaux indicateurs de résultats produits par ces innovations comptables. Peut-être que dans cette aventure de création / reconnaissance de valeurs, le défi principal est de trouver les conditions d'une mise en responsabilité et de reconnaissance des valeurs patrimoniales collectives, dont une partie seulement peut être appropriée.
Chaque organisation ou acteur doit pouvoir faire reconnaître la valeur produite par ses efforts en matière écologique et en tirer collectivement et personnellement une satisfaction permettant de pérenniser son existence et signe de sa réussite sociale.
Aujourd'hui on parle de labellisation qui permet d'attirer des rémunérations pour la valeur créée. Pour autant on ne peut imaginer autant de label que de situation. L'enjeu est donc de développer par exemple la démarche du Planet score qui trouve une application générale et multicritère sur la base de laquelle fonder de nouveaux modèles d'affaires




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