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Compétences : au-delà de l’alignement, une transformation des cadres de pilotage

La publication de l’étude du CESE (mars 2026) « Changements systémiques et ruptures : repenser notre approche des compétences », confirme l’ampleur des transformations à l’œuvre dans le travail et les organisations. Dans le même temps, les acteurs de l’impact insistent sur la nécessité d’aligner aspirations et compétences.


Mais cet alignement, aussi nécessaire soit-il, reste insuffisant. À l’approche de la table ronde du 1er avril à ChangeNOW, l’intervention d’Alexandre Rambaud invite à déplacer la question : ce n’est pas seulement l’individu qu’il faut aligner, ce sont les dispositifs de gestion qu’il faut transformer.


Les habiletés socio-cognitives (HSC) Source : Rapport CESE Changements systémiques et ruptures : repenser notre approche des compétences (mars 2026), audition d’Hubert Grandjean, président de l’Association pour la formation et le développement des compétences (AFDEC) et membre de la commission de normalisation formation, enseignement et compétence de l’AFNOR et Fatma Bensalem, cheffe de projet à l’AFNOR.
Les habiletés socio-cognitives (HSC) Source : Rapport CESE Changements systémiques et ruptures : repenser notre approche des compétences (mars 2026), audition d’Hubert Grandjean, président de l’Association pour la formation et le développement des compétences (AFDEC) et membre de la commission de normalisation formation, enseignement et compétence de l’AFNOR et Fatma Bensalem, cheffe de projet à l’AFNOR.

Une transformation systémique du travail… et des compétences


L’étude du CESE marque une étape importante. Elle ne décrit pas une simple évolution des compétences, mais un changement de régime.


Les transformations en cours - transition écologique, intelligence artificielle, tensions géopolitiques, vieillissement démographique - ne se juxtaposent pas. Elles s’entrecroisent et se renforcent, produisant des effets systémiques sur les modèles productifs, l’organisation du travail et les trajectoires professionnelles.

Dans ce contexte, le travail devient le lieu d’arbitrages complexes : entre performance économique, soutenabilité environnementale et cohésion sociale. Les compétences, elles aussi, changent de nature. Elles deviennent plus diffuses, plus transversales, et surtout dépendantes des situations dans lesquelles elles s’exercent.


Le CESE insiste sur un point décisif : miser uniquement sur l’accumulation des connaissances est devenu illusoire. La capacité d’adaptation s’impose désormais comme centrale.


Ce basculement est renforcé par l’accélération de l’obsolescence des compétences techniques, dont la durée de vie se réduit désormais à quelques mois ou années. Dans ce contexte, les habiletés socio-cognitives - coopérer, s’adapter, apprendre en continu - prennent une importance croissante.


Mais le rapport ne s’arrête pas à ce constat. Il pose quatre questions structurantes :

  • comment définir les compétences,

  • comment les acquérir,

  • comment les évaluer

  • et, surtout, comment les faire reconnaître


C’est cette dernière question qui ouvre un véritable enjeu de gestion.


L’alignement : une réponse nécessaire mais incomplète


La table ronde organisée à ChangeNOW  « Aligner ses aspirations et ses compétences : le nouveau compas des carrières à impact » s’inscrit dans cette dynamique.


Elle met en avant un enjeu essentiel : permettre aux individus de relier leurs compétences à leurs aspirations et aux enjeux de transformation, notamment écologiques. Cet alignement constitue une condition importante pour redonner du sens au travail et orienter les trajectoires professionnelles vers des activités à impact.


Mais cet horizon repose sur une hypothèse implicite : que les organisations sont en capacité d’accueillir, de reconnaître et de valoriser ces compétences alignées.


Or, c’est précisément là que les limites apparaissent.


Une compétence n’existe que si elle est reconnue


Les travaux d’Alexandre Rambaud, en tant que président du conseil de surveillance de l’Institut CGS, permettent d’éclairer ce point.


Une compétence n’est pas seulement une combinaison de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Elle correspond à une capacité à mobiliser des ressources dans une situation donnée pour atteindre un résultat. Cette capacité ne prend de valeur que si elle est reconnue dans un cadre donné.


Le CESE le souligne explicitement : reconnaître une compétence, c’est lui donner une valeur dans les parcours professionnels, les qualifications et les rémunérations

Ce déplacement est déterminant. Il signifie que les compétences ne relèvent pas uniquement des individus, mais des règles qui organisent leur reconnaissance et leur usage.


Autrement dit, les compétences sont inséparables des dispositifs de gestion.


La transition écologique : révélateur d’une impasse


La transition écologique rend cette limite particulièrement visible. Elle ne se traduit pas seulement par l’émergence de nouveaux métiers, mais par une transformation profonde des activités, des organisations et des chaînes de valeur. Près de huit millions d’emplois sont concernés par ces évolutions, non pas parce qu’ils deviendraient “verts”, mais parce que leurs contenus devront évoluer en profondeur


Ces transformations imposent des reconversions, des adaptations rapides et une coordination entre acteurs à plusieurs échelles. Elles nécessitent également d’anticiper collectivement les besoins en compétences et de structurer des trajectoires professionnelles compatibles avec les objectifs écologiques.


Mais le CESE met en évidence un décalage majeur : les dispositifs actuels peinent à intégrer ces évolutions. La prise en compte des compétences liées à la transition écologique dans les référentiels reste encore marginale, ce qui limite leur reconnaissance et leur diffusion


Ce constat est révélateur. Les compétences émergent, mais elles restent difficilement intégrées dans les systèmes qui permettent de les valoriser et de les mobiliser.


Des dispositifs transformés… mais encore sans pilotage


L’étude du CESE souligne également les limites du système actuel de formation et de reconnaissance des compétences. La réforme de 2018 a profondément transformé l’écosystème, en modifiant sa gouvernance, ses mécanismes de financement et ses outils. Mais elle n’a pas produit la “révolution des compétences” attendue.


Le rapport met en évidence plusieurs tensions :

  • une gouvernance complexifiée,

  • des difficultés de financement,

  • et surtout un déficit de vision stratégique.


Le fonctionnement du Compte personnel de formation (CPF) est particulièrement éclairant. Pensé comme un levier d’autonomie individuelle, il reste faiblement articulé aux besoins des entreprises et aux transformations des activités. Il finance davantage des trajectoires individuelles que des dynamiques collectives.


Ce point est central. Les compétences sont développées, mais elles restent insuffisamment reliées aux transformations à piloter.


Changer de perspective : des compétences aux dispositifs


Le CESE ouvre néanmoins des pistes intéressantes, notamment en appelant à structurer des écosystèmes de compétences à l’échelle territoriale, capables d’anticiper les mutations et de coordonner les acteurs


Mais cette intuition reste encore largement formulée en termes de coordination.

Elle peut être prolongée en termes de pilotage.


Les approches portées par la comptabilité écologique proposent précisément ce déplacement. Elles consistent à ne plus partir des compétences comme des attributs individuels, mais des systèmes d’action dans lesquels elles prennent sens.


L’enjeu devient alors de relier :

  • des capacités individuelles,

  • des contributions effectives,

  • et des résultats, notamment écologiques.


Ces approches permettent de rendre visibles les responsabilités, d’organiser la répartition des efforts et de structurer les arbitrages. Elles transforment la compétence en un élément d’un dispositif collectif de décision.


Ce que ChangeNOW rend visible


La discussion sur l’alignement des aspirations et des compétences constitue une étape importante. Mais ce que révèle en creux la table ronde de ChangeNOW, et ce que vient expliciter l’intervention d’Alexandre Rambaud, c’est un changement d’échelle du problème.


Il ne s’agit plus seulement d’orienter les individus. Il s’agit de transformer les cadres dans lesquels leurs compétences sont reconnues, mobilisées et arbitrées.


La question devient alors : comment les organisations rendent-elles les compétences visibles, discutables et pilotables ?


Ce que cela change pour le pilotage


La “révolution des compétences” est engagée, mais elle ne produira pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une transformation des instruments de gestion.


L’alignement entre aspirations et compétences constitue une avancée importante, mais il ne peut porter ses fruits que s’il s’inscrit dans des dispositifs capables de reconnaître et de valoriser effectivement ces compétences.


Cela suppose de relier les compétences à des contributions réelles et à des résultats observables, afin de leur donner une place tangible dans les décisions et les trajectoires professionnelles. Cela implique également que les organisations se dotent de cadres permettant d’arbitrer, de coordonner et de piloter ces contributions dans la durée, en cohérence avec leurs objectifs de transformation.


Les compétences ne sont alors plus seulement à développer, elles deviennent un objet d’organisation et de pilotage. C’est à cette condition qu’elles peuvent véritablement soutenir les transformations en cours et renforcer la capacité d’action des organisations.


Sans évolution des cadres comptables, la transition resterait en effet largement déclarative. En les faisant évoluer, il devient possible de donner aux compétences un rôle structurant dans le pilotage de la durabilité et d’ouvrir des perspectives concrètes pour accompagner les transformations avec cohérence et efficacité.


Ces enjeux peuvent être approfondis dans le cadre des travaux et formations proposés par l’Institut CGS, notamment autour du pilotage de la durabilité et de l’évolution des cadres de gestion.



Les 5 idées clés


La publication récente du CESE confirme que les compétences sont devenues un enjeu central des transformations du travail.

Mais les réponses apportées restent encore largement centrées sur la formation et l’alignement individuel.


Une compétence ne prend pourtant de valeur que si elle est reconnue, mobilisée et inscrite dans un cadre collectif.

Sans dispositifs adaptés, les compétences émergentes - notamment liées à la transition écologique - restent difficilement visibles et insuffisamment activées.


L’enjeu se déplace alors : il ne s’agit plus seulement de développer des compétences, mais d’organiser leur contribution à des transformations concrètes.


👉 La révolution des compétences se jouera dans les systèmes de gestion et dans la capacité des cadres comptables à rendre ces contributions visibles, arbitrables et pilotables.

Ressources


Ce Décryptage s’appuie principalement sur l’étude récente du CESE « Changements systémiques et ruptures : repenser notre approche des compétences », adoptée en mars 2026 et présentée en séance publique. Elle propose un diagnostic structurant des transformations du travail et des limites des dispositifs actuels.


Il fait également écho à l’intervention d’Alexandre Rambaud à ChangeNOW (1er avril 2026), qui met en lumière les enjeux de reconnaissance et de mobilisation des compétences dans les organisations.


Ces analyses sont prolongées par les travaux en comptabilité écologique, notamment les approches de comptabilité écosystème-centrée, qui permettent de relier compétences, contributions et pilotage des transformations.

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