top of page

CPMR : quatre questions pour tester la cohérence d’une stratégie climatique

6 hours ago
5 min read

Une cible, des actions, des indicateurs et des ressources doivent former un ensemble cohérent


🌍 Les Décryptages de l’Institut CGS – Stratégies climatiques, épisode 4


Les engagements climatiques des entreprises se multiplient. Une organisation peut annoncer une réduction de ses émissions, publier un plan de transition, suivre différents indicateurs et financer plusieurs actions.


Mais ces éléments sont-ils réellement reliés entre eux ?

  • La cible est-elle compatible avec l’enjeu climatique ?

  • Les actions prévues permettent-elles de l’atteindre ?

  • Les indicateurs mesurent-ils les résultats recherchés ?

  • Les moyens mobilisés sont-ils à la hauteur du plan ?


Lorsqu’une de ces dimensions manque, la stratégie peut sembler complète tout en restant difficile à piloter. C’est à cette difficulté que cherche à répondre le cadre CPMR.


Des éléments souvent présentés séparément

Imaginons une entreprise qui annonce vouloir réduire ses émissions de 40 % d’ici 2035. Elle prévoit de renouveler une partie de ses équipements, de modifier ses approvisionnements et de sensibiliser ses équipes. Elle suit également ses consommations d’énergie et ses émissions par unité produite.


Sur le papier, l’entreprise dispose d’une stratégie climatique.


Mais plusieurs questions restent ouvertes :

  • Sur quelle base la cible de 40 % a-t-elle été choisie ?

  • Les actions identifiées produiront-elles une réduction suffisante ?

  • Comment leurs effets seront-ils vérifiés ?

  • Les investissements nécessaires ont-ils été programmés ?

  • Que se passera-t-il si les résultats sont inférieurs aux prévisions ?


La difficulté ne vient pas nécessairement de l’absence d’informations. Elle vient souvent de leur manque d’articulation.


Qu’est-ce que CPMR ?

CPMR signifie :

  • Cibles ;

  • Plans d’action ;

  • Métriques ;

  • Ressources.


Ce cadre méthodologique a été pensé et développé par le CERCES (Cercle des Comptables Environnementaux et Sociaux) en 2024, dans le cadre du groupe de préfiguration de la formation CSRD-C.A.R.E.


Son objectif est de proposer aux gestionnaires une grille de lecture pour examiner la cohérence d’une stratégie de transition. CPMR ne remplace pas les méthodes de calcul des émissions, les connaissances scientifiques ni les décisions de l’entreprise.

Il permet de poser quatre questions complémentaires.


C comme Cible

La première question porte sur la limite à respecter.

Quel résultat l’organisation doit-elle atteindre au regard de l’enjeu climatique ?


Une cible climatique ne devrait pas seulement traduire une ambition choisie par l’entreprise. Elle doit être reliée à un cadre suffisamment robuste : connaissances scientifiques, objectifs collectifs, réglementation ou convention reconnue.


Cette distinction est importante. Il ne s’agit pas seulement de demander à l’entreprise jusqu’où elle pense pouvoir réduire ses émissions, mais de partir de l’état du climat à préserver et du budget carbone disponible. La détermination de cette cible constitue l’un des principaux enjeux de la démarche. Elle suppose d’expliciter les hypothèses et les choix d’allocation sur lesquels repose la trajectoire.


P comme Plan d’action

La deuxième question concerne le chemin envisagé.

Quelles transformations permettront de progresser vers la cible ?


Le plan peut porter sur :

  • les équipements ;

  • l’énergie ;

  • les produits ;

  • les approvisionnements ;

  • la logistique ;

  • l’organisation du travail ;

  • le modèle de développement.


L’enjeu n’est pas d’accumuler le plus grand nombre d’actions possibles. Il est de vérifier que les actions retenues contribuent effectivement à la cible. Une action peut être pertinente en elle-même sans produire une réduction suffisante au regard de la trajectoire globale.


CPMR invite donc à examiner le lien entre chaque action et le résultat climatique recherché.


M comme Métriques

La troisième question porte sur le suivi.

Comment vérifier que les actions produisent les résultats attendus ?


Les métriques permettent de suivre :

  • la réalisation des actions ;

  • l’évolution des émissions ;

  • la progression vers la cible ;

  • l’utilisation des moyens engagés.


Elles doivent permettre de comprendre les écarts entre la trajectoire prévue et les résultats réellement obtenus. Un indicateur ne constitue cependant pas, à lui seul, une stratégie. Sa fonction dépend de la cible et du plan auxquels il est relié.

L’enjeu n’est donc pas de multiplier les données, mais de sélectionner celles qui éclairent réellement les décisions.


R comme Ressources

La quatrième question concerne les moyens.

Quelles ressources humaines et financières sont nécessaires pour mettre en œuvre les actions ?


Une stratégie climatique peut comporter des investissements importants :

  • rénovation des bâtiments ;

  • renouvellement des équipements ;

  • transformation de la flotte ;

  • évolution des achats ;

  • développement de nouvelles compétences ;

  • amélioration des systèmes d’information.


Si ces moyens ne sont pas programmés, les actions risquent de rester déclaratives ou d’être régulièrement reportées. Les ressources permettent de relier la stratégie climatique aux budgets, aux compétences et aux responsabilités de l’organisation.


Quatre dimensions interdépendantes

L’intérêt de CPMR ne réside pas seulement dans la présence des quatre composantes. Il tient aux liens entre elles.


  • Une cible modifiée peut nécessiter de revoir le plan d’action.

  • Une action supplémentaire suppose de définir les indicateurs qui permettront d’en mesurer les effets et les ressources nécessaires à sa mise en œuvre.

  • Un écart dans les résultats peut conduire à réexaminer le plan ou à réallouer les moyens.


CPMR peut ainsi servir de grille de lecture à différents moments :

  • lors de la construction de la stratégie ;

  • au moment de programmer les actions ;

  • pendant le suivi ;

  • lors de la révision de la trajectoire.


Il ne fournit pas automatiquement la bonne réponse. Il aide à rendre visibles les incohérences et les arbitrages nécessaires.


Une logique que l’on retrouve dans la CSRD

Les normes européennes de reporting de durabilité, notamment ESRS E1 consacrée au changement climatique, demandent aux entreprises de présenter leurs objectifs, leurs politiques, leurs actions, leurs indicateurs et les ressources mobilisées.


CPMR met en forme une logique proche en cherchant à relier ces différents éléments dans une perspective de gestion. Ce cadre permet de structurer des informations qui, sans articulation, risquent de rester cantonnées au reporting.


Comment utiliser les informations produites pour orienter effectivement les décisions de l’entreprise ?


Ce que CPMR permet de rendre visible

Face à une stratégie climatique existante, CPMR conduit à examiner quatre points :

  • la cible est-elle suffisamment fondée ?

  • les actions sont-elles reliées à cette cible ?

  • les indicateurs permettent-ils de suivre les résultats ?

  • les ressources nécessaires ont-elles été prévues ?


La réponse n’est pas toujours immédiate. Évaluer la qualité d’une cible, chiffrer l’effet des actions, choisir les bonnes métriques et arbitrer les ressources demandent une analyse plus approfondie. C’est précisément là que commence le travail de pilotage.



Ce qu’il faut retenir

Une stratégie climatique ne se résume pas à un objectif, à un catalogue d’actions ou à une série d’indicateurs. Elle suppose de construire un ensemble cohérent entre :

  • la limite à respecter ;

  • les transformations à engager ;

  • les résultats à suivre ;

  • les moyens à mobiliser.


CPMR propose une grille simple pour poser ces quatre dimensions ensemble.

Sa simplicité apparente ne doit toutefois pas masquer la difficulté de son application : le principal enjeu réside dans la manière de définir, relier et arbitrer concrètement chacun de ces éléments.


CPMR permet de vérifier si l’organisation dispose des éléments nécessaires pour la construire et la piloter.


Dans le prochain Décryptage

Nous verrons comment cette grille peut être mobilisée pour construire une trajectoire climatique et passer d’un objectif général à un budget carbone applicable à l’organisation.


Pour aller plus loin

Lors du webinaire consacré à la mise en œuvre d’une stratégie climatique, l’Institut CGS présentera les difficultés rencontrées par les organisations pour relier leurs objectifs, leurs actions, leurs indicateurs et leurs moyens.


📅 Webinaire le 2 octobre à 12 h


La formation « Mettre en œuvre une stratégie climatique en entreprise » permet ensuite d’apprendre à utiliser concrètement CPMR, à évaluer une cible, à construire les tableaux et à tester les choix sur un cas pratique.


📅 Les 30 novembre, 1 et 2 décembre 2026

📍 177 rue de Charonne, 75011 Paris, ou en visioconférence

👥 10 participant·es maximum

🗓️ Inscriptions jusqu’au 20 novembre

Comments


Commenting on this post isn't available anymore. Contact the site owner for more info.
bottom of page