L’entreprise maximise-t-elle vraiment le profit ?
- Institut CGS

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La gouvernance contemporaine présente souvent l’entreprise comme un acteur dont l’objectif serait simple : maximiser le profit.
Depuis les années 1980, cette vision s’est largement diffusée dans les discours économiques et financiers. Inspirée de l’économie néoclassique et de la finance moderne, elle considère que l’entreprise doit avant tout créer de la valeur pour ses actionnaires.
Dans cette perspective, l’entreprise est souvent décrite comme un ensemble d’actifs dont la gestion doit permettre d’optimiser un rendement financier. Cette conception influence fortement les cadres de gouvernance, les indicateurs de performance et les normes comptables destinées aux marchés financiers.
Mais cette représentation correspond-elle réellement à la manière dont les entreprises fonctionnent ?
Une distinction souvent oubliée : comptabilité financière et gestion interne
Les normes comptables internationales utilisées pour la communication financière ont pour objectif principal d’informer les investisseurs et les marchés. Elles visent notamment à valoriser les actifs et à refléter la situation financière de l’entreprise selon des logiques proches de celles des marchés.
Pourtant, à l’intérieur des organisations, le pilotage repose rarement uniquement sur ces instruments. Les entreprises utilisent largement d’autres outils :
comptabilité analytique
budgets et planification
calculs de coûts
amortissements techniques
suivi des capacités de production
Ces dispositifs répondent à une logique différente : assurer la continuité de l’activité.
Une tradition comptable centrée sur la préservation du capital
Historiquement, la comptabilité n’a pas été conçue pour maximiser le profit. Elle repose sur une idée plus simple : le capital confié à l’organisation doit être préservé.
Le profit ne peut être reconnu qu’une fois cette condition remplie.
Autrement dit, l’entreprise doit d’abord garantir le maintien des capitaux qui rendent son activité possible. Cette logique reste très présente dans la gestion interne des organisations. Par exemple :
les machines sont amorties parce qu’elles devront être remplacées ;
les infrastructures doivent être entretenues pour maintenir la capacité productive ;
les investissements sont planifiés pour assurer la continité de l’activité.
La comptabilité fonctionne alors comme un instrument de suivi des conditions de continuité de l’organisation.
Une logique appliquée de manière partielle
Cette logique de préservation est aujourd’hui appliquée principalement au capital financier et productif. En revanche, d’autres capitaux essentiels à l’activité économique sont rarement traités de la même manière :
les écosystèmes naturels
les sols, l’eau ou le climat
le capital humain
Ces dimensions sont souvent décrites comme des ressources externes plutôt que comme des capitaux à préserver.
Ce que propose la comptabilité écologique C.A.R.E.
La comptabilité écologique C.A.R.E. s’inscrit précisément dans cette tradition comptable. Son principe est simple : toute organisation dépend d’un ensemble de capitaux essentiels qui rendent son activité possible.
Ces capitaux ne sont pas seulement financiers. Ils incluent également :
les écosystèmes mobilisés par l’activité économique ;
les personnes qui contribuent à l’organisation.
Dans cette perspective, ces capitaux doivent être préservés pour eux-mêmes. La dégradation de ces capitaux constitue alors une dette écologique ou sociale que l’organisation doit assumer. L’entreprise ne peut considérer qu’elle réalise un profit qu’après avoir garanti leur maintien.
Repenser la performance des organisations
Cette approche conduit à déplacer la question centrale. Il ne s’agit plus seulement de savoir comment maximiser la performance financière, il s’agit de comprendre comment maintenir dans le temps les capitaux dont dépend l’activité économique.
Dans un contexte marqué par les limites écologiques et l’instabilité économique, cette question devient centrale pour la robustesse des organisations.




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