Pourquoi les métiers et les fonctions de gestion deviennent des leviers clés de transformation
- Institut CGS

- 22 hours ago
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Comment les enjeux écologiques entrent progressivement dans les systèmes de décision des organisations
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Nos formateur·rice·s partagent leurs analyses pour éclairer la transformation des cadres de gestion nécessaires à la transition soutenable.
Le récent rapport de l’IPBES sur les entreprises et la biodiversité marque une étape importante : les méthodes de mesure des impacts et dépendances écologiques sont désormais suffisamment structurées pour permettre l’action.
Dans le même temps, les expérimentations territoriales menées autour du Local Ecological Quality Index (Leqi) montrent que collectivités, acteurs publics et organisations sont en train de construire de nouvelles formes de coordination autour des données écologiques.
Cette évolution dépasse désormais le seul champ du reporting environnemental. Elle vient transformer les métiers, les fonctions de gestion et les systèmes de décision des organisations.

Une nouvelle infrastructure écologique
Pendant longtemps, les enjeux environnementaux ont été traités principalement comme des sujets scientifiques ou réglementaires. Aujourd’hui, une transformation plus profonde est en cours.
D’un côté, les connaissances écologiques se structurent rapidement (climat, biodiversité, dépendances aux ressources, impacts sur les écosystèmes, données territoriales, etc.). Le récent rapport de l’IPBES consacré aux entreprises et à la biodiversité souligne d’ailleurs que les méthodes de mesure existent déjà en grande partie et permettent d’agir dès maintenant.
Mais parallèlement, un second mouvement se développe : les acteurs publics, territoriaux et économiques s’organisent pour rendre ces données réellement opérationnelles.
Les expérimentations autour du Local Ecological Quality Index (Leqi) montrent par exemple que les territoires cherchent désormais à :
coordonner des acteurs multiples ;
structurer des référentiels partagés ;
articuler des données fragmentées ;
organiser des arbitrages collectifs autour des limites écologiques.
Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de mesurer les dégradations environnementales. Il s’agit de construire une infrastructure de gestion écologique capable d’orienter les décisions.
Le sujet n’est plus seulement environnemental : il devient organisationnel
Cette évolution déplace profondément le débat. Pendant des années, la transition écologique a souvent été abordée comme un problème d’information :
produire des indicateurs ;
améliorer les métriques ;
renforcer le reporting ;
publier des engagements.
Ces démarches restent indispensables. Mais elles révèlent aujourd’hui leurs limites.
Dans de nombreuses organisations, les données environnementales existent déjà :
bilans carbone ;
reporting ESG ;
cartographies des risques ;
données fournisseurs ;
indicateurs biodiversité ;
analyses CSRD.
Pourtant, ces informations influencent encore peu les arbitrages économiques structurants. Pourquoi ?
Parce que les décisions ne se prennent pas dans les rapports de durabilité. Elles se prennent dans des dispositifs beaucoup plus concrets :
budgets ;
procédures ;
systèmes comptables ;
achats ;
modèles d’investissement ;
indicateurs de performance ;
outils de pilotage.
Le véritable enjeu devient alors l’intégration de cette nouvelle donnée écologique dans les systèmes internes de décision.
Comment les professionnels peuvent commencer à s’emparer du sujet
Cette évolution peut sembler abstraite. Pourtant, elle concerne déjà très concrètement les métiers et les fonctions de gestion.
L’enjeu n’est pas nécessairement de devenir expert climat ou spécialiste biodiversité. Il consiste plutôt à comprendre comment les contraintes écologiques commencent à transformer les mécanismes de décision de l’organisation.
1. Identifier où se prennent réellement les décisions
La première étape consiste souvent à repérer les outils qui structurent effectivement l’activité. Dans une organisation, les arbitrages passent rarement uniquement par les stratégies générales. Ils passent surtout par :
des budgets ;
des critères fournisseurs ;
des indicateurs de performance ;
des procédures projet ;
des modèles de coûts ;
des politiques d’investissement ;
des systèmes de primes ;
des outils de suivi opérationnel.
Autrement dit, la transition écologique devient rapidement une question très concrète d’organisation du travail.
2. Repérer les dépendances écologiques invisibles
Le rapport IPBES insiste fortement sur un point : les entreprises dépendent profondément du fonctionnement des écosystèmes.
Pour un professionnel, cela peut se traduire par des questions très opérationnelles :
de quelles ressources critiques dépend réellement mon activité ?
quels risques écologiques restent absents des outils de pilotage ?
quelles vulnérabilités territoriales pourraient affecter l’organisation ?
quelles contraintes physiques sont encore invisibles dans les arbitrages économiques ?
Cette manière d’analyser une activité change progressivement les priorités de gestion.
3. Faire évoluer progressivement les outils existants
L’objectif n’est pas nécessairement de créer immédiatement de nouveaux systèmes complexes.
Il s’agit souvent d’abord :
d’intégrer un critère écologique dans un arbitrage ;
de faire évoluer un indicateur ;
de documenter un risque ;
de rendre visible un coût de préservation ;
d’ajouter une dimension long terme dans une décision ;
de relier un impact écologique à une responsabilité opérationnelle.
C’est ainsi que les dispositifs de gestion commencent à évoluer.
Les approches de comptabilité écologique, comme le modèle C.A.R.E. ou les travaux de comptabilité écosystème-centrée, explorent cette transformation progressive des cadres de gestion afin d’intégrer les limites écologiques dans les dispositifs de pilotage eux-mêmes.
4. Comprendre que la transition se joue aussi dans les coordinations internes
Les expérimentations territoriales du Leqi montrent que les données écologiques restent fragmentées et nécessitent des formes nouvelles de coordination entre acteurs.
Dans l’entreprise aussi, les enjeux écologiques traversent plusieurs fonctions :
finance ;
achats ;
opérations ;
risques ;
immobilier ;
systèmes d’information ;
stratégie ;
RH ;
supply chain.
Un professionnel peut donc jouer un rôle important simplement en :
reconnectant des sujets dispersés ;
faisant circuler certaines informations ;
créant des espaces de discussion ;
reliant enjeux écologiques et décisions opérationnelles.
La transition écologique ne transforme donc pas seulement les stratégies des organisations. Elle transforme progressivement leurs métiers, leurs outils et leurs dispositifs de gestion.
Une transformation organisationnelle avant d’être technologique
Cette évolution est d’autant plus importante que l’accès à l’information devient de plus en plus facile, notamment avec le développement de l’intelligence artificielle.
La valeur ne repose plus seulement sur la capacité à transmettre des connaissances. Elle repose désormais davantage sur la capacité à :
structurer des problèmes complexes ;
articuler des données hétérogènes ;
organiser des arbitrages ;
coordonner des acteurs ;
transformer des dispositifs de gestion.
La transition écologique apparaît ainsi de moins en moins comme un simple sujet de reporting et de plus en plus comme une transformation profonde des infrastructures de pilotage des organisations.
Ce qu’il faut retenir pour le pilotage
Les données écologiques progressent rapidement.
Les territoires commencent à structurer des formes nouvelles de coordination autour des limites environnementales.
Les entreprises doivent désormais intégrer cette réalité dans leurs propres systèmes internes.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage d’informations environnementales mais à organiser leur intégration dans les dispositifs qui structurent réellement les décisions économiques.
La transition écologique entre ainsi progressivement dans l’entreprise :
par la comptabilité ;
par les budgets ;
par les indicateurs ;
par les achats ;
par les outils de gestion ;
et par les arbitrages quotidiens.
C’est à cet endroit souvent discret que se construisent désormais les capacités réelles de transformation des organisations.
👉 Vous souhaitez agir concrètement dans votre organisation ?
Les enjeux écologiques ne transforment pas les entreprises uniquement par les stratégies ou le reporting. Ils transforment progressivement les outils de gestion, les arbitrages et les dispositifs de décision.
L’Institut CGS propose des formats courts et opérationnels pour aider les professionnels, équipes et managers à :
comprendre où se jouent réellement les décisions ;
intégrer les enjeux écologiques dans leurs métiers ;
relier données, gestion et pilotage ;
identifier des leviers d’action concrets dans leur organisation.
Formations courtes, ateliers métiers, sessions découverte et accompagnements collectifs.
Sources et références
Rapports et travaux mobilisés dans cet article
Florence Jany-Catrice (dir.), Estimer la qualité écologique des territoires par la délibération. Expérimentations. Co-construction de « Local Ecological Quality Index » (Leqi), Université Rouen-Normandie, 2026.
Le rapport montre notamment la fragmentation des données écologiques territoriales, l’absence de logique unificatrice des systèmes de données et la nécessité de dispositifs de coordination et de délibération pour organiser l’action écologique territoriale.
Le rapport souligne que les méthodes permettant d’évaluer les impacts et dépendances des entreprises existent déjà largement et que les organisations peuvent agir dès maintenant avec les connaissances disponibles.
Clément Feger, Jean-Baptiste Narcy, Christophe Bouni, Noubon René Yéo, Préservation des milieux aquatiques et de la biodiversité : le potentiel de la “Comptabilité écosystème-centrée” pour renforcer des coalitions d’action, Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts.
Ce travail explore le rôle des dispositifs comptables collectifs dans la coordination territoriale et l’organisation de responsabilités écologiques partagées.
Institut CGS, Piloter la durabilité – Pourquoi la comptabilité écologique devient l’infrastructure de la transition ?, Décryptages ICGS, avril 2026.
Chaire Double Matérialité, Reporting on Double Materiality Assessment – Study of the first CSRD sustainability statements, février 2026.
Le rapport met en évidence les difficultés d’ancrage de la double matérialité dans les dispositifs réels de pilotage et de gouvernance des organisations.




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