top of page

Internaliser les externalités négatives ou préserver les capitaux ?

Ce que C.A.R.E. change dans la manière de piloter la soutenabilité


🌍 Les Décryptages de l’Institut CGS

Nos formateur·rice·s partagent leurs analyses pour éclairer la transformation des cadres de gestion nécessaires à la transition soutenable.



Pendant plusieurs décennies, les enjeux environnementaux ont principalement été abordés à travers la notion d’« externalités négatives ». Pollutions, émissions de CO₂, artificialisation des sols ou destruction de biodiversité étaient considérées comme des dommages produits par l’activité économique, mais restant extérieurs aux mécanismes classiques de marché.


Face à ce constat, la réponse dominante proposée par l’économie environnementale a consisté à chercher à « internaliser » ces externalités. Autrement dit : attribuer un prix aux dégradations écologiques afin qu’elles puissent être intégrées dans les arbitrages économiques des organisations.


Cette logique structure aujourd’hui une grande partie des dispositifs environnementaux contemporains :

  • taxe carbone ;

  • marchés carbone ;

  • mécanismes de compensation ;

  • prix internes du carbone ;

  • analyses coûts-bénéfices des trajectoires climatiques.


Mais cette approche soulève une question fondamentale :

Peut-on réellement préserver les conditions de soutenabilité en traitant les atteintes au vivant comme des coûts à arbitrer ?


C’est précisément sur ce point que l’approche C.A.R.E. propose un changement de perspective majeur.


L’internalisation des externalités : une logique d’arbitrage


Dans l’approche économique classique, l’environnement est considéré comme extérieur à l’entreprise. L’organisation produit de la valeur économique, tandis que les dommages environnementaux apparaissent comme des « effets secondaires » qu’il faudrait ensuite corriger ou compenser.


La logique consiste alors à :

  • mesurer les impacts ;

  • leur attribuer une valeur monétaire ;

  • intégrer cette valeur dans les décisions économiques.


Le problème n’est donc pas l’existence des dégradations en elles-mêmes, mais leur absence dans les mécanismes de prix. Cette approche conduit naturellement à des instruments de marché :

  • marchés carbone ;

  • compensation ;

  • monétisation des services écosystémiques ;

  • arbitrages entre coût de réduction et coût de compensation.


Dans cette logique, une entreprise peut comparer différentes options :

  • transformer son modèle d’affaires ;

  • réduire directement ses émissions ;

  • acheter des crédits carbone ;

  • ou assumer certains coûts réglementaires.


Le climat devient alors une variable d’optimisation économique parmi d’autres.


La limite de cette approche : une logique de substituabilité


Le principal problème de cette logique est qu’elle repose implicitement sur une hypothèse de substituabilité. Si un dommage peut être compensé financièrement, alors il devient possible de considérer :

  • qu’une destruction ici peut être équilibrée ailleurs ;

  • qu’un coût financier peut compenser une dégradation écologique ;

  • qu’un actif naturel peut être remplacé par un autre actif économique.


Or, les limites biophysiques ne fonctionnent pas selon cette logique. Le vivant n’est pas interchangeable. Les équilibres climatiques, les sols, les cycles de l’eau ou la biodiversité ne peuvent pas toujours être remplacés, déplacés ou reconstitués à volonté.


C’est précisément ce que souligne C.A.R.E. : certaines dégradations ne doivent pas être arbitrées, mais évitées parce qu’elles concernent des capitaux à préserver.


C.A.R.E. : changer la définition de la responsabilité


La méthodologie C.A.R.E. (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) propose un déplacement conceptuel important. Au lieu de considérer l’environnement comme une externalité à corriger, C.A.R.E. considère que les organisations ont une responsabilité directe vis-à-vis des capitaux naturels et humains qu’elles mobilisent.


Ce changement est décisif. Dans cette perspective :

  • le climat n’est plus une externalité ;

  • les sols ne sont plus des variables périphériques ;

  • la biodiversité n’est plus un simple « impact ».


Ils deviennent des capitaux à préserver au même titre que le capital financier.

L’enjeu n’est donc plus :

« Quel coût accepter pour dégrader ? »

mais :

« Quelles obligations de préservation devons-nous respecter ? »


Cette logique transforme profondément les dispositifs de gestion et de pilotage.


De la compensation à la solvabilité écologique


C.A.R.E. introduit également une autre idée structurante : celle de dette écologique ou dette climatique.


Dans les approches classiques :

  • une émission est souvent vue comme un coût à compenser.


Dans une logique C.A.R.E. :

  • une dégradation correspond à une consommation ou une détérioration d’un capital qu’il faut être capable de préserver dans le temps.


La question devient alors une question de solvabilité écologique :

  • l’organisation dispose-t-elle réellement des moyens de maintenir les conditions de préservation des capitaux qu’elle utilise ?


Cette approche déplace la logique :

  • de la simple réduction d’impact ;

  • vers la capacité effective à maintenir les conditions de soutenabilité.


Autrement dit :

il ne s’agit plus seulement de « moins dégrader », mais de garantir les conditions de préservation.


Deux visions différentes du pilotage

Logique d’internalisation

Logique C.A.R.E.

Corriger les externalités

Préserver les capitaux

Approche par les prix

Approche par les obligations

Arbitrage coût-bénéfice

Respect des limites de préservation

Compensation possible

Non-substituabilité des capitaux

Optimisation économique

Soutenabilité forte

Reporting des impacts

Pilotage des conditions de préservation


Cette différence est fondamentale pour les organisations car elle change :

  • les indicateurs ;

  • les arbitrages ;

  • les critères de performance ;

  • la manière même de définir la rentabilité et la responsabilité.


Transformer les cadres comptables pour rendre la transition pilotable


L’un des apports majeurs de C.A.R.E. est précisément de replacer la transition écologique dans les cadres de gestion et de comptabilité.


La question n’est plus seulement :

  • comment mesurer les impacts ?

mais :

  • comment piloter une organisation dans le respect des limites écologiques ?


Cela implique de transformer :

  • les systèmes comptables ;

  • les outils de décision ;

  • les mécanismes d’investissement ;

  • les arbitrages stratégiques.


Cela suppose de dépasser une approche où les enjeux écologiques restent traités comme de simples externalités économiques.


Conclusion

L’internalisation des externalités a permis de rendre visibles certains coûts environnementaux dans les raisonnements économiques. Mais face aux limites planétaires, cette logique montre aujourd’hui ses insuffisances :

  • elle réduit souvent les enjeux écologiques à des arbitrages financiers ;

  • elle entretient une logique de substituabilité ;

  • elle peine à intégrer les conditions réelles de préservation du vivant.


L’approche C.A.R.E. propose un changement plus profond : faire des limites écologiques une question de responsabilité comptable et de pilotage organisationnel. Ce déplacement est essentiel car sans transformation des cadres de gestion et des dispositifs comptables, la transition risque de rester principalement déclarative.


Se former à la méthodologie C.A.R.E.

L’Institut CGS propose plusieurs parcours de formation dédiés à la méthodologie C.A.R.E. (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology), afin d’accompagner les professionnels dans la compréhension et la mise en œuvre de cadres de comptabilité et de gestion soutenables.


Ces formations permettent notamment de :

  • comprendre les fondements conceptuels de C.A.R.E. ;

  • analyser les capitaux naturels, humains et financiers mobilisés par les organisations ;

  • intégrer les enjeux climatiques et écologiques dans les dispositifs de pilotage ;

  • transformer les outils comptables et de gestion pour rendre la durabilité réellement pilotable.




Pour aller plus loin

🎧 Ressource vidéo


Pour approfondir cette réflexion, cette intervention consacrée à la comptabilité C.A.R.E. revient sur les limites de la notion d’externalité négative et sur la manière dont les cadres comptables influencent notre façon de concevoir la soutenabilité.


Elle revient notamment sur :

  • la critique de la notion d’externalité négative ;

  • les limites des approches fondées sur la compensation ;

  • et le rôle de la comptabilité écologique dans la transformation des modèles économiques.

Comments


Commenting on this post isn't available anymore. Contact the site owner for more info.
bottom of page