top of page

BâtiPLUS : quand le budget carbone remet en cause la trajectoire de croissance

11 minutes ago
5 min read

Pour une entreprise dont l’activité repose sur le béton, l’acier, les engins thermiques et d’importants flux logistiques, respecter un budget carbone ne relève pas d’une simple optimisation. La comparaison entre la trajectoire prévue et la trajectoire climatique rend visible l’ampleur de la transformation à engager.


🌍 Les Décryptages de l’Institut CGS – Stratégies climatiques, épisode 7/10


BâtiPLUS est une entreprise régionale de construction spécialisée dans le gros œuvre, les bâtiments tertiaires, les plateformes logistiques, les zones commerciales et certains marchés publics d’infrastructure.

Son activité connaît une croissance soutenue, portée notamment par la construction neuve et le développement des zones logistiques. L’entreprise prévoit une croissance annuelle de 6 %, avec un chiffre d’affaires qui passerait de 145 millions d’euros en 2025 à 275 millions en 2040.


Cette trajectoire économique a cependant une traduction climatique directe. En 2025, BâtiPLUS émet 45 200 tonnes de CO₂e. Sans transformation importante de son activité, ses émissions atteindraient 65 000 tonnes en 2040.


Deux trajectoires qui s’éloignent


La comparaison entre les émissions projetées et les plafonds compatibles avec la trajectoire climatique fait apparaître un écart croissant.


2025

2030

2035

2040

Émissions projetées sans transformation

45 200

52 000

59 500

65 000 tCO₂e

Émissions maximales compatibles avec la trajectoire

45 200

32 000

20 000

10 000 tCO₂e

Écart à résorber

—

20 000

39 500

55 000 tCO₂e

En 2040, BâtiPLUS ne doit donc pas seulement réduire ses émissions par rapport à leur niveau actuel. Elle doit éviter les émissions supplémentaires liées à son développement tout en ramenant ses émissions annuelles à 10 000 tonnes.


L’écart à combler atteint 55 000 tonnes de CO₂e par rapport à la trajectoire prévue.

Ce chiffre change la nature du problème. Il ne s’agit plus de sélectionner quelques actions environnementales supplémentaires, mais d’examiner la compatibilité du modèle de développement avec la limite climatique.


Des émissions inscrites au cœur de l’activité


Les principaux postes d’émissions de BâtiPLUS sont directement liés à son activité :

  • le béton et le ciment représentent 41 % de ses émissions ;

  • l’acier et les métaux, 15 % ;

  • les engins de chantier, 13 % ;

  • le transport des matériaux, 10 %.


À eux seuls, ces quatre postes représentent près de 80 % de son bilan carbone. Les émissions ne proviennent donc pas principalement de fonctions périphériques qui pourraient être corrigées sans modifier l’activité. Elles sont liées aux matériaux utilisés, aux techniques de construction, aux équipements, aux distances parcourues et aux types de marchés sur lesquels l’entreprise se développe.


L’optimisation du transport des matériaux, la réduction des déchets de chantier, le recours à des solutions constructives moins carbonées et le renouvellement progressif des engins restent nécessaires. Mais ces actions, prises isolément, ne garantissent pas que l’entreprise respectera sa trajectoire.


Le budget carbone déplace les arbitrages


Le budget carbone ne conduit pas uniquement à classer des actions selon leur potentiel de réduction et leur coût. Il oblige à replacer ces actions dans la trajectoire globale de l’entreprise. BâtiPLUS doit notamment mettre en regard :

  • le rythme de croissance envisagé ;

  • la part de la construction neuve et de la rénovation ;

  • la nature des bâtiments réalisés ;

  • le recours au béton et à l’acier ;

  • la capacité à intégrer des matériaux réemployés ou moins carbonés ;

  • le renouvellement des engins et des véhicules ;

  • l’organisation des chantiers et de la logistique ;

  • les marchés que l’entreprise souhaite développer, transformer ou abandonner.


Tous ces choix n’ont pas les mêmes effets sur les émissions, les marges, les compétences nécessaires ou la position concurrentielle de l’entreprise. Certaines actions peuvent être engagées rapidement. D’autres nécessitent des investissements, une évolution des savoir-faire ou une transformation des relations avec les fournisseurs et les donneurs d’ordre. D’autres encore remettent directement en cause la poursuite de certaines activités.


La comparaison avec la trajectoire climatique permet de déterminer jusqu’où les optimisations peuvent conduire l’entreprise et à partir de quel point une transformation plus profonde devient nécessaire.


Rendre les choix visibles dans les comptes


Ces arbitrages resteront périphériques s’ils ne sont pas reliés aux ressources et aux comptes de l’entreprise. Pour chaque action, BâtiPLUS doit rendre visibles :

  • les investissements nécessaires ;

  • les dépenses annuelles ;

  • les compétences à mobiliser ;

  • les responsabilités ;

  • le calendrier de mise en œuvre ;

  • les réductions d’émissions attendues ;

  • les résultats effectivement obtenus.


Mais inscrire un engin électrique dans un plan d’investissement ou un matériau moins carboné dans un budget d’achat ne suffit pas. Il faut également relier ces dépenses à l’objectif de préservation auquel elles répondent.


Dans une logique de soutenabilité forte, la dégradation du climat ne peut pas être compensée par une amélioration du résultat financier. Le capital-climat doit être suivi séparément, à partir d’un état de référence, d’un niveau de préservation à respecter et des coûts nécessaires pour y parvenir.


La comptabilité C.A.R.E. permet précisément d’aller dans cette direction. Elle vise à faire apparaître dans les comptes les coûts de préservation du climat et les ressources nécessaires à leur mise en œuvre. Les enjeux climatiques ne sont alors plus seulement présentés dans un tableau extrafinancier : ils entrent dans la représentation économique de l’activité et dans les arbitrages de gestion.


De l’optimisation à la transformation


Le cas de BâtiPLUS montre ce que révèle concrètement un budget carbone.

Tant que l’entreprise observe uniquement son bilan carbone actuel, elle peut être tentée d’accumuler des actions de réduction. Dès qu’elle compare sa trajectoire de développement avec les émissions maximales compatibles, l’écart devient visible.


Cet écart ne désigne pas seulement un retard environnemental. Il met en évidence une tension entre la stratégie économique de l’entreprise et les conditions climatiques dans lesquelles son activité pourra se poursuivre.

Pour BâtiPLUS, piloter la stratégie climatique consiste donc à déterminer la combinaison d’actions, d’investissements et de transformations permettant de rapprocher ces deux trajectoires. Cela suppose également de rendre visibles dans les comptes les coûts, les résultats et les écarts afin que la contrainte climatique participe réellement aux décisions.

Le budget carbone ne fournit pas automatiquement la solution. Il révèle l’ampleur de la transformation et oblige l’entreprise à arbitrer en connaissance de cause.


Dans le prochain Décryptage

Pour conclure cette série, nous verrons comment intégrer le budget carbone dans la gouvernance de l’entreprise.

Qui doit suivre la trajectoire ? Qui arbitre entre croissance, investissements et climat ? Et comment faire entrer le carbone dans les décisions budgétaires, commerciales et stratégiques ordinaires ?


Pour aller plus loin


La formation « Mettre en œuvre une stratégie climatique en entreprise » permet d’apprendre à :

  • construire un budget carbone cumulé ;

  • le décliner en trajectoire annuelle ;

  • suivre les émissions et le budget restant ;

  • analyser les écarts ;

  • identifier une dette climatique ;

  • réviser le plan d’action ;

  • associer les décisions climatiques aux ressources financières ;

  • utiliser les tableaux CPMR pour piloter la stratégie.


Les cas pratiques permettent aux participant·es de suivre des entreprises en croissance, de constater les écarts entre ses objectifs et ses résultats, puis de décider des ajustements nécessaires.


📅 Les 30 novembre 01 et 02 décembre 2026

📍 177 rue de Charonne, 75011 Paris, ou en visioconférence



Comments


Commenting on this post isn't available anymore. Contact the site owner for more info.
bottom of page