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De la stratégie à l’exécution : ce que révèle vraiment l’étude Choiseul sur le pilotage de la durabilité

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L’étude publiée par l’Institut Choiseul, La durabilité comme nouvelle matrice de performance des entreprises (avril 2026), met en évidence une évolution désormais tangible : la durabilité quitte le registre de l’engagement pour entrer dans celui de l’exécution. Mais derrière cette dynamique, une question structurante demeure : les organisations disposent-elles des instruments de gestion capables de rendre cette transformation réellement pilotable ? L’analyse montre que le point de bascule reste comptable et financier.


Étude publiée par l’Institut Choiseul, La durabilité comme nouvelle matrice de performance des entreprises (avril 2026)
Étude publiée par l’Institut Choiseul, La durabilité comme nouvelle matrice de performance des entreprises (avril 2026)

Un déplacement du discours vers la décision


L’étude de l’Institut Choiseul s’inscrit dans un moment charnière. Après une décennie marquée par la montée en puissance des engagements RSE et du reporting ESG, l’enjeu n’est plus de déclarer, mais de transformer.


Fondée sur des entretiens avec des dirigeants et responsables de la transformation (LVMH, Carrefour, GA Smart Building, Mirova, BDO France notamment), elle documente une évolution nette : la durabilité change de statut lorsqu’elle entre dans les mécanismes de décision.


Elle devient alors un sujet :

  • de gouvernance,

  • d’allocation de capital,

  • d’organisation des opérations.


Mais cette évolution soulève une question plus exigeante : qu’est-ce que piloter la durabilité, concrètement ?


Une transformation engagée… mais encore incomplète


Les résultats de l’étude montrent une progression réelle :

  • structuration des équipes RSE,

  • montée en puissance des dispositifs de gouvernance,

  • diffusion dans les métiers,

  • transformation partielle des modèles économiques.


Ces avancées traduisent un changement de posture. Mais elles révèlent aussi une limite persistante : la durabilité reste souvent traitée en périphérie des systèmes de gestion.


Dans de nombreuses organisations :

  • les indicateurs ESG coexistent sans structurer les arbitrages,

  • le reporting reste dissocié des budgets,

  • les engagements ne se traduisent pas en contraintes économiques explicites.


Autrement dit, la durabilité progresse dans l’information… mais reste encore partiellement absente des décisions structurantes.


Le point de bascule : intégrer la durabilité dans les arbitrages


L’étude met en évidence un facteur clé de différenciation : les organisations les plus avancées sont celles qui ont intégré la durabilité dans leurs processus décisionnels. Ce constat est décisif.


Il implique que la transformation repose moins sur la qualité du reporting ou l’intensité des engagements, que sur la capacité à :

  • arbitrer des investissements,

  • prioriser des ressources,

  • assumer des coûts liés à la préservation des ressources.


Ce déplacement rejoint directement les conclusions du rapport de l’IPBES sur les entreprises et la biodiversité qui souligne que :

  • les entreprises disposent déjà de méthodes pour analyser leurs impacts et dépendances,

  • mais que l’enjeu central est leur intégration dans la décision.


L’information existe. Ce qui manque, c’est son pouvoir sur les arbitrages.


BDO : du rôle de contributeur à celui d’acteur de transformation


La présence de BDO France dans l’analyse mérite d’être explicitée. Le cabinet fait partie des acteurs ayant contribué à la réalisation de la publication, aux côtés de directions de grandes entreprises issues de secteurs variés (luxe, distribution, construction, finance). Cette participation explique sa présence dans les retours d’expérience mobilisés par l’étude.


Mais l’intérêt de ce positionnement dépasse le simple rôle de contributeur. Il permet de lire BDO comme un acteur révélateur des transformations en cours dans les pratiques de gestion. Les constats du rapport - nécessité d’intégrer la durabilité dans les arbitrages, difficulté à la traduire financièrement - trouvent un prolongement concret dans les évolutions portées par certains cabinets.


C’est dans ce cadre que l’introduction du modèle C.A.R.E par BDO France prend tout son sens. Elle n’apparaît pas comme un élément extérieur ou opportuniste, mais comme une réponse opérationnelle portée par un acteur impliqué dans le diagnostic lui-même.


Le modèle C.A.R.E : rendre la durabilité pilotable, arbitrable et finançable


Le modèle C.A.R.E (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) peut être relu à partir des termes mêmes du rapport Choiseul.


Celui-ci insiste sur une exigence centrale : rendre la durabilité pilotable, comparable et finançable. C’est précisément sur ce point que se situe l’apport du modèle.


L’enjeu n’est plus seulement de produire des indicateurs ou d’évaluer des impacts, mais de créer les conditions pour que ces informations puissent effectivement peser sur les décisions. Autrement dit, il s’agit de passer de la mesure à l’arbitrage.


Dans cette perspective, le modèle C.A.R.E introduit un déplacement concret : il organise la traduction des enjeux écologiques et humains en termes économiques, de manière à pouvoir les intégrer dans les mécanismes de gestion. Le rapport Choiseul en propose d’ailleurs une présentation synthétique en annexe 3, ce qui confirme l’intérêt porté à ce type d’approche dans les réflexions actuelles sur le pilotage de la durabilité.


Il ne s’agit pas simplement d’identifier des impacts, mais de les relier :

  • à des coûts de maintien des ressources critiques,

  • à des besoins de financement explicites,

  • et à des arbitrages d’investissement.


Ce faisant, la durabilité change de statut. Elle n’est plus seulement un objet de reporting ou d’analyse, mais devient une contrainte de gestion structurante, inscrite dans les processus de décision.


C’est en ce sens que le modèle apporte une réponse directe à la limite mise en évidence par l’étude Choiseul : tant que les enjeux de durabilité ne sont pas intégrés dans les mécanismes économiques - budgets, investissements, comptes - ils peinent à orienter effectivement les trajectoires.


Une convergence avec les travaux scientifiques internationaux


Les conclusions de l’IPBES renforcent cette lecture.


Le rapport souligne que :

  • toutes les entreprises dépendent de la biodiversité,

  • ces dépendances constituent un risque systémique,

  • et leur non-intégration dans les systèmes économiques alimente leur dégradation.


Il insiste également sur un point clé : les conditions actuelles ne permettent pas d’aligner spontanément performance économique et préservation du vivant.


Dès lors, la transformation ne peut pas reposer uniquement sur le reporting ni la volonté des acteurs. Elle suppose une évolution des cadres de gestion eux-mêmes.


De l’information au pilotage : une transformation des compétences


L’étude Choiseul met en évidence une évolution réelle : la durabilité entre progressivement dans les organisations. Mais elle montre aussi que cette entrée reste incomplète tant qu’elle ne transforme pas les instruments qui structurent les décisions.


La trajectoire engagée par certains acteurs, notamment à travers des approches comme C.A.R.E, illustre un déplacement en cours : celui du reporting vers le pilotage, de l’indicateur vers l’arbitrage, de l’engagement vers la contrainte de gestion.


Ce déplacement ne relève pas uniquement de nouveaux outils. Il suppose une évolution plus profonde des pratiques professionnelles. Piloter la durabilité implique désormais de savoir :

  • relier des enjeux écologiques à des décisions économiques,

  • traduire des dépendances en contraintes de gestion,

  • intégrer des coûts de préservation dans les arbitrages financiers.


Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de piloter.


C’est précisément dans cet écart - entre production d’information et capacité de décision - que se joue aujourd’hui l’efficacité réelle des démarches de durabilité.

Dans cette perspective, les formations de l’Institut CGS s’inscrivent dans une logique claire : équiper les organisations pour franchir ce seuil.


La formation « Informer et piloter la durabilité » s’inscrit directement dans cet objectif. Elle vise à permettre aux directions financières, aux équipes RSE et aux décideurs publics de passer d’une logique de reporting à une logique d’arbitrage, en mobilisant des cadres comptables et des dispositifs de gestion adaptés aux contraintes écologiques.


Car au fond, le constat est désormais partagé :

sans transformation des cadres de gestion, la durabilité reste déclarative.

Avec les bons instruments, elle devient pilotable.


Ressources


Étude de référence


Travaux scientifiques et cadres d’analyse


Approches et dispositifs de gestion

  • Modèle C.A.R.E (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology)

  • Comptabilité écosystème-centrée (projet MABCO, Caisse des Dépôts)


Pour aller plus loin (Institut CGS)

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